Qu’est le tango ?
Musique métissée par le bagage culturel des immigrants en Amérique du sud ou musique pure balisée par des règles strictes et incontournables?
Musique “folklorique” phagocytée par des images de carte postale ou musique classique sacralisée par d’illustres compositeurs et d’intouchables interprètes?
Musique de salon dominée par des hommes conservateurs, ou univers fascinant chargé de codes et d’histoire ? D’ailleurs, que connaît le public français du répertoire argentin? Que connaît le public français du répertoire MODERNE argentin ? Arrivée de Buenos Aires à Paris en aller simple au début des années 80, figure incontournable des fameux Trottoirs de Buenos Aires (mythique cabaret et académie de tango du quartier des halles) Sandra Rumolino, chanteuse avant tout, mais aussi parfois danseuse ou comédienne, mêle depuis toujours toutes ces disciplines aux côtés de metteurs en scène comme Alfredo Arias, ou de musiciens comme Gustavo Beytelmann et Juan José Mosalini. Fatalement, elle finit par rencontrer Gerardo Jerez Le Cam, initiateur et créateur du groupe Translave et du Jerez Le Cam ensemble, brillant auteur/compositeur argentin, arrivé lui aussi de Buenos Aires en France en 1992. L’homme, fasciné par Bach et Glenn Gould, pianiste virtuose, chef d’orchestre et compositeur audacieux rêve d’apporter du sang neuf en créant un répertoire enraciné mais en quelque sorte “modernisé”. Ces deux là “pensent” musique intelligente mais pas musique savante. Musique populaire, dans le sens le plus noble du terme. Bref, musique vivante. Ainsi est né “Viento Sur” (vent du sud) : Rencontre de la musique argentine et de la musique de l’est, Saudade de la mer noire ou boléro de Bucarest, milonga de Tulcea ou candombe de Constantza.
Un regard tendre et décalé forcément habité des fragrances du tango sur une Argentine dépecée par les théories économiques de l’école de Chicago, mais toujours debout et fière de sa culture comme de sa population. Enregistré et mixé en 10 jours par le talentueux Philippe Teissier Du Cros, cet album sera peut-être à la musique argentine ce que le Bowmboï de Rokia Traoré a été à la musique malienne, le Garras dos sentidos de Misia à la musique portuguaise, ou le Eco de Sombras de Susana Baca à la musique péruvienne. Et quand on demande à Sandra : “ pourquoi le tango de Gerardo Le Cam ?” Elle répond en roulant les «R»: “Parce que c’est une musique comme un tango que ce n’est pas du tango mais quelque part, c’est du tango comme même !”