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Notulus

Notulus

Lô le 25 septembre 2009

Merlot


Interview exclusive : Merlot, un album honnête…

Un grand monsieur, grand par la taille mais aussi grand de cœur; rencontre avec un homme qui a beaucoup de choses à dire mais aussi à faire… Merlot, c'est un clown qui vous fait passer du rire (Mademoiselle) aux larmes (un ami) au fil de ses chansons. Merlot, c'est un homme qui se veut honnête, qui vit à fond dans tous ses projets. Interview exclusive par une belle après-midi d'été…

Interview exclusive : Merlot, un album honnête…

Le single " Mon Flingue ", qui a lancé ton album solo, a fait un carton. On y parle de groupes, de tribus bien séparés. Tu dis d'ailleurs dans une autre interview que ce sont des compartiments dans lesquels sont enfermés les gens et que cela justement t'agace… Mais rassure-moi, ne trouves-tu pas que si tout les gens se ressemblent, le monde en devient moins intéressant ?

Non, ce n'est pas pour l'uniformité, c'est pas ça, c'est pour respecter tout le monde, mais dans un sens honnête. On se respecte avec nos différences mais on est tous honnêtes ensemble. On est honnête, on assume les défauts qui sont à l'intérieur de nos identités, on assume qu'on n'a pas tout en nous… et que ce qui me gênait c'est que lorsque tu te crées une identité, tu refuses tout un tas de choses… C'est une erreur à mon avis… Moi, j'étais un peu comme ça aussi…

Donc tu avais besoin de t'exprimer là-dessus, en disant que tu en avais marre de ces séparations entre les hommes, que maintenant on devait aller vers le " tous ensemble ".

Franchement ça dit ce que ça dit : les musulmans, vous avez le droit d'être musulmans, de croire en qui vous voulez. Les juifs, vous êtes pareils, vivez vos trucs honnêtement … mais au bout du compte, on est tous pareils. Je sors d'une période de 10 ans dans le reggae avec des antillais, des gens qui avaient la foi, je n'étais pas complètement à part, j'avais besoin de ça aussi…

Quand j'ai écouté la première fois l'album, je l'ai trouvé sympa, avec ces jolies mélodies et puis à la deuxième écoute, les textes m'ont apporté une autre dimension… ça a un côté super populaire et ce n'est pas une critique. Ton album peut s'écouter de 7 à 77 ans, avec des sujets actuels, des sujets qui racontent la vie d'aujourd'hui en France, avec ses difficultés. Est ce que tu as eu envie de toucher un public plus large avec cet album solo ?

C'est un truc que tu découvres après. J'ai fait cet album pour être honnête. De plus en plus, je fais des albums chez moi. C'était un truc plus du quotidien, une période où je n'avais pas un rond, où je gâchais ma vie…c'était une période de "down". Je commençais à écrire des CV parce que la musique m'avait déçu, le truc du show business capitaliste. T'as le choix avec ça et avec les keupons, qui vivent dans leurs caravanes, qui perdent du temps, alors qu'il y a plein de gens qui n'ont rien… J'étais un peu paumé là-dedans, je ne me retrouvais dans aucun truc, alors j'ai fait une opération repli, avec mes potes. Un truc où je n'ai pas travaillé avec des professionnels. Je voulais travailler avec des gens, mes potes, mes amis.

Tu te doutais que ça donnerait un album ? Car cela n'a rien à voir avec ce que tu faisais précédemment…

Bob (Boxson/MVS Records), le producteur, m'avait dit : "quand tu fais un album solo, tu viens nous voir car j'aime bien comment t'écris". Je savais qu'avec Bertrand et Bob, je pourrais faire quelque chose surtout après Baobab, et le milieu dans lequel j'étais avant, il me fallait du courage… Il fallait que je m'adapte, je me demandais comment j'allais être perçu… Je voulais faire un truc que je pouvais assumer devant tout le monde. Assumer devant ma mère…

Tu en parles dans le morceau Looser.

Voilà, devant ma femme, même si ça implique plein de trucs pour elle, devant mes enfants à qui je dis toute la journée de pas dire de gros mots, j'avais besoin que tout ça, ça soit là et du coup je suis entré dans un truc "popu", comme certains disent. En faisant cela, je voulais faire un truc qui me branchait : entrer dans la musique plus intellectuelle à la française, un truc plus cérébral, basé sur les textes et assumer cela. J'en avais envie! Je venais du reggae, un milieu avec que des banlieusards, avec des trucs qui ne sont pas professionnels, des trucs un peu bizarres, limite mafieux des fois. Le business dans le reggae, c'est bizarre. Mélangé avec d'autres business, des gens qui se démerdent, super talentueux mais… Je fantasmais donc sur les branchés, les Parisiens. J'avais besoin de chercher ailleurs. Je me suis rendu vite compte que j'étais "leur Patrick Sébastien", que les branchés ne voulaient pas de moi, et moi d'une certaine manière, que je ne pouvais pas vivre avec eux.
Lors de certains projets que j'ai fait, il y a quelques temps, j'ai côtoyé des gens que je n'avais jamais approché, comme des acteurs ou le showbiz un peu à la Française, la chanson française… et bien c'est une secte comme les autres! C'est un milieu très fermé : ils se connaissent tous. Enfants, ils allaient en vacances ensemble… Du coup, tout l'espèce de fantasme que j'avais sur la chanson, le côté institutionnel, a un peu sauté. Je me suis rendu compte que j'étais différent, le mec popu sympa, tout le monde l'aime bien, en même temps il a une grande gueule.

Avec ce nouvel album, tu avais envie de te connaître en dehors du groupe dans lequel tu vivais ?

Voilà c'est ça. Mais pour revenir sur le côté populaire le seul truc qui m'intéresse même quand j'étais dans le reggae, c'est de créer quelque chose qui parle à tout le monde. J'ai eu des enfants jeune, ce qui m'a rendu à la fois mature et à la fois complètement fou. J'ai vécu avec les deux mondes tout le temps : dans la musique, partir puis revenir car j'avais des responsabilités.

Cela ne doit pas être simple de lier les deux, vie de famille et vie professionnelle

C'est bien, c'est excellent, mais c'est aussi des efforts pour tout le monde.

Ton album marche bien, il se retrouve en playlist sur de grandes radios… C'est un petit succès ça !

Tout ce que l'on a fait depuis le début avec Cédric, c'était un peu de traviolle. On n'avait pas envie de jouer le jeu. On ne s'attendait pas à cela. On n'avait pas d'argent, c'était une petite prod. On ne pensait pas vendre de disques, il n'y avait pas de raison. En fait, on a compris qu'il fallait que l'on s'ouvre à d'autres créations, que l'on fasse de la musique pour nous, faire de la musique pour lui, des paroles pour lui.

Sur la tournée que tu es en train de faire, tu as rencontré pas mal de personnes. Est-ce que cela a donné vie à de nouveaux projets ?

Oui, on a rencontré Jamel, qui m'a appelé du genre " allo bonjour, c'est Jamel Debbouze, je voudrais te rencontrer "… Alors on s'est rencontré, il nous a demandé ce qu'on avait envie de faire, et qu'il nous kiffait. Il nous a invité à faire sa tournée, avec toute la troupe du Jamel Comedy Club. On sent qu'il a envie de monter d'autres projets comme une comédie musicale, un gros truc, et on sentait bien que cela le faisait kiffer et nous aussi ça nous a fait kiffer direct. On a donc commencé à bosser et on lui a présenté un truc et maintenant c'est parti ! On n'en est qu'au début, c'est un projet sur un an et demi. On a quelques chansons, il se peut que cela capote mais avec des mecs comme cela tu peux aller jusqu'au bout ! Il a du talent, beaucoup de talent! Brillant, il a un pif incroyable sur les gens, sur les choses. Il a envie de faire une comédie musicale marrante, où ça danse, où y a du hip hop… Si Jamel monte une comédie musicale, ça ne pourra pas être comme les autres.
On fait aussi de la musique pour une série sur M6, qui va sortir en septembre, une série québécoise adaptée en français, les Bougons. On leur a fait une chanson pour le générique. C'est une autre façon de travailler c'est une commande pour illustrer une idée.

En Bref, Merlot tranquille pendant dix ans avec Baobab, une petite déprime et depuis un nouvel album et plein d'autres projets, à la recherche de nouveaux supports artistiques…

Ouais ouais, c'est surtout ça ! J'ai découvert plein de choses comme Andy Warhol. New York de cette époque là, c'était pas mal parce qu'il y avait ça. Mélanger la peinture, la musique et nous en France , on n'ose pas (même si je ne sais pas si c'est seulement en France). T'es vite catalogué comme fou et on ne te suit pas…

Ton dernier clip " ça va, ça vient " est une animation. Il n'a rien à voir avec les précédents. Peux-tu nous en parler ?

Au début, on n'avait pas un rond. C'était donc des petits bouts de vidéo avec un pote pour pas un rond, pour filmer mes conneries… ça a plu un peu. Et puis il y a un premier clip, je ne sais si vous l'avez vu, "Looser". On y a mis un peu plus d'argent. Il y avait une caméra en 360° qui filmait, une caméra un peu spéciale. On s'est tapé un bon délire, ça fait un peu vomir, les télés n'en ont pas trop voulu, le titre est bien passé. Puis, on avait fait des vidéos un peu délires, un peu pouêt-pouêt, qui nous faisaient délirer. Et puis, je me suis demandé comment on allait faire car il y a des chansons tristes. Aussi on se permet quelques petites larmes… Alors comment montrer un Merlot plus touchant plus mélancolique? J'ai trouvé que le dessin animé c'était bien. C'est Sandra Desmazières, une copine qui l'a réalisé. Elle a vraiment du talent! Il y a beaucoup de boulot et elle est toute seule. C'est de la vraie animation, tout est travaillé sur papier. C'est dans le délire de mélanger les Arts, c'est une vraie artiste toute seule dans sa piaule, elle fait des courts d'un quart d'heure, elle en a fait trois… Elle y a passé trois ans et demi! C'est des gens, personne ne les connaît. Trois ans et demi pour dessiner une meuf qui marche seule dans la rue et puis quand elle a fini, ça dure un quart d'heure… Pour moi ce sont des fous ces gens là ! (rires)

J'ai entendu parlé d'un DVD pour les enfants peux-tu m'en dire plus ? Qu'est-ce que ça donne Merlot pour les enfants ? Y-a-t il des gros mots ?

Ben oui, il y a des gros mots, mais il n'y a pas que ça ! C'est un livre avec un CD. Je l'ai fait avec mes enfants chez moi, en famille, avec ma femme, elle a chanté, mes enfants, c'est eux qui chantent, et Cédric à la guitare. Tout est fait chez moi, dans mon couloir. C'est très spontané! Il y a des fois un côté pour les enfants, mais j'avais surtout pas envie de faire quelque chose que pour les enfants. Je ne voulais pas tomber dans la musique minimaliste pour les nains, et toi, tu ne peux pas rentrer dedans. Donc du coup, il n'y a pas de communication entre les enfants et les parents, où le père dit " écoute ton truc, je vais faire la bouffe ". Là, c'est un truc où on écoute cela ensemble et on aura peut être des trucs à se dire…

C'est un album pour les grands et les petits. Comment vois-tu l'avenir dans la musique ?

La période qui vient va être super intéressante. Ce sont les gens qui vont faire des trucs avant de parler, qui vont sortir leur épingle du jeu. Ceux qui font un petit fanzine et ben le petit fanzine ça va plaire, car le gros réseau des médias, tout le monde connaît cela, mais il y a plein d'autres choses, à inventer. Y'a de nouvelles façons de vendre de la musique, de vendre de la presse. Et tout cela, ce grand changement va mettre en avant vraiment la création spontanée. Comme il n'y a plus beaucoup d'intermédiaires…

Quel groupe, ou morceau, t'a marqué cette année ?

La dernière claque que j'ai prise, c'est en rentrant tard un soir à la télé, les Bellrays, c'est du rock. J'ai bien aimé, je ne connaissais pas du tout le rock avant. Là, j'aime bien le rock : un batteur, une guitariste, j'adore ça! Il y a une énergie qu'avant je ne comprenais pas bien et je trouvais ça plat le rock… alors que les gens en général disent que le reggae, c'est tout plat. Maintenant que je m'y intéresse, il y a des trucs super bien. J'aime bien le blues aussi, le vieux blues, ou le vieux reggae… et puis en chanson, il y a des trucs bien mais il y en a tellement !!!

Tu es pour ou contre le téléchargement ?

Si je te dis que je suis contre, je suis alors un gros hypocrite parce que moi j'suis un voleur, pas vous ? (rires). C'est vrai que cela pose un problème économique pour toute la profession, ça c'est vrai ! Mais moi, sur mon disque, je touche treize pourcents. Ma part, elle est tellement petite que ce que je perds, c'est vraiment ridicule, et même si je cartonne… De toutes façons, c'est de la grosse hypocrisie car les Majors, elles touchent des subventions du public énormes ! Il y a des transferts de fonds du public… My major compagny c'est inadmissible! Il y a de plus gros problèmes que celui du téléchargement, tu vois ce que je veux dire… C'est Yahoo, Google qui ont plein d'oseille et bien, c'est eux qui doivent payer, ils font de l'argent sur le fait que les gens peuvent s'échanger des trucs. Alors admettons que cet endroit est payant, tu me rajoutes deux euros sur ma facture de fournisseurs d'accès, même cinq euros si tu veux, et c'est bon!
Les petites compagnies de musique doivent être plus créatives, elles doivent être plus rapides pour sortir les disques, même si ça sort que sur internet… Elles tafent plus, on le sait ça ! Et pour gagner sa vie, on est dans un monde de pipeau… Pourquoi moi je vais vivre sur le patrimoine de mes dix chansons pendant quatre ans, alors que les gens, ils vont tous les jours travailler ? Pourquoi moi en ayant pondu dix chansons, je vais pouvoir en vivre pendant dix ans parce que je suis un artiste ? On est donc tous des escrocs! Les chanteurs et les acteurs ce sont des escrocs qui ne travaillent pas… et ceux qui s'en sortent, c'est ceux qui sont créatifs et qui font des choses tous les jours. Maintenant ça c'est fini! Ce show-business est mort. Les artistes se doivent de créer tout le temps.



Zdar.net

Zdar.net

Benoit Darcy le 23 mai 2009

Merlot


Musique, technologies and more

Nouveau talent #06 : Merlot

Sous ce pseudo se cache Manuel, ancien chanteur du groupe de Reggae Baobab.

Nouveau talent #06 : Merlot

En 2005, il quitte le groupe après 10 ans de service, quatre albums et des concerts aux quatre coins du globe. Il faudra attendre cette année avant de pouvoir apprécier la nouvelle production de Merlot en solo. L’album Chanson d’amour… et de haine, sortira ainsi le 15 juillet prochain et comportera douze titres issus de la collaboration du chanteur avec Cedryck Santens, guitariste/arrangeur avec qui Merlot s’est lié d’amitié au fil du temps.
Je vous propose d’écouter CDI, un titre emprunt d’une certaine naiveté dont Merlot use et abuse tout au long de l’album. A noter également une superbe reprise Reggae de Ca va, Ca vient de Boby Lapointe. Si vous souhaitez écouter d’autres titres, je vous recommande une petite visite sur le MySpace de Merlot où vous trouverez également les prochains concerts de l’artistes. Ne manquez pas celui du 23 juin prochain à la Salle Pleyel, à Paris…



RFI

RFI

RFI le 16 mars 2009

Merlot


Invité: Manu Merlot

Manu Merlot part pour une escapade en solo-hip hop folko -reggae-bluesy avec un album ovni appelé "Chansons d'amour... et de haine".

Invité: Manu Merlot

Manu Merlot devient Merlot le temps de quelques chansons d'humeurs et révèle une plume noire et drôle entre NTM et Boby Lapointe, entre 50 Cent et Jean Ferrat.
Loin des formats reggae ou chanson, Manu Merlot crée son style avec des bouts de ficelles, des p'tites cuillères et des guitares à trois cordes. Ce n'est pas de la nouvelle chanson française, ni du ragga old school, ni du r’n b, c'est de la poésie de comptoir, de la prose de trottoir, des rimes de banlieusard... à voir. Dandy déglingué, lover déprimé, chansons à fumer à ne pas rater.



Nouvelle Vague

Nouvelle Vague

Jeoffroy Vincent  le 9 mars 2009

Merlot


Merlot

Grand escogriffe à l’humour aussi noir que ravageur, Merlot s’est échappé du groupe Baobab pour traquer en solo le mot qui fait mouche. Son album, Chansons d’amour et de haine est avant tout un compromis réussi entre l’ironie et la sincérité sur des sujets du quotidien. D’où cette absence de morale pour un premier disque pétillant où la question de l’équilibre est sans cesse remise en question. Rencontre avec un artiste au ton juste.

Merlot

Qu’est ce qui distingue Baobab de Merlot ?
Baobab était un groupe de potes, quelque chose de vraiment collectif. On a fait quatre albums de reggae jamaïcain, de 1993 à 2004, mais au bout de 10 ans, j’en avais fait le tour. Je voulais faire quelque chose de plus personnel… J’avais aussi besoin de noirceur. Merlot, c’est moi, c’est ma gueule, c’est mon « egotrip ». Cela reste un projet amical et détendu, mais pour lequel on n’avait pas, à la base, l’ambition de faire un album.

Beaucoup de genres se côtoient dans ce premier disque. Quel est celui qui vous parle le plus et pourquoi ?
La musique de Louisiane que j’ai découverte un peu sur le tard a été un style important, avec ce mélange de rock et de musique cajun. Après, il y a Corey Harris.

Quel était le contexte à l’époque de la création de l’album ?
C’était compliqué pour moi. Socialement. La précarité s’installait et, comme il n’y avait pas d’argent qui rentrait, soit j’en riais soit je me tirais une balle. Du coup les chansons ont été exutoire. Parler de la quête d’un CDI ou de faire la queue aux Assedic, d’être recroquevillé sur soit dans ce genre de période, j’ai pensé qu’en parler de façon rigolote était, peut-être, plus réaliste. Et plus intéressant : des tons très sérieux et militants peuvent saouler.

Loser, A louer ou CDI sont des chansons aux sujets graves, voire dérangeants, mais pour lesquelles il y a toujours un côté… « fun ». Comment parvient-t-on à trouver l’équilibre pour chanter de tels morceaux ?
L’équilibre, on le sent dès le premier jet d’écriture. Evidemment on retravaille les morceaux par la suite mais le ton, on le trouve sans trop essayer de mettre les pieds dans le plat. Ni en écrivant des textes estampillés « chanson française », très écris, très léchés. Il fallait que pour les paroles, il y ait un côté personnel sans être impudique. Loser est, à mon sens, une chanson politique qui parle de cette obligation qu’on a de réussir pour tout.

Il y a des références directes à Renaud et Boby Lapointe sur cet album. Que vous inspire ces artistes ?
Boby Lapointe était un orfèvre : on l’appelait « le chanteur sous-titré ». Son style n’était ni mielleux ni mélodieux, mais cela restait extrêmement musical. Son écriture se situait entre la littérature et les mathématiques… tout en finesse. Et en même temps, c’était un déconneur absurde.
Quant à Renaud, il a été important pour moi parce qu’il jouait avec des degrés de langage. Même si le personnage s’est perdu en cours de route, c’est ça qui m’a le plus inspiré chez lui.

Pourquoi cette reprise de Ça va ça vient ?
Parce que quand j’étais gamin, cette chanson m’a marquée. Elle a pris un sens au fur et à mesure des années. Parce que je l’ai redécouverte aussi à un moment dans ma vie et que le contenu m’a paru troublant. Et puis parce que c’est un super beau texte, très mélancolique.

Qu’attendez vous de la scène… ?
Étant donné que nos chansons sont assez cool, on démystifie tout sur scène. On tente de faire vivre nos chansons pour de vrai. On tourne à trois, il y a donc beaucoup de proximité en concert, ce qui fait que c’est très pêchu. Chaque soir est différent. On fait beaucoup dans l’improvisation, le délire théâtral… on casse les morceaux pour perpétuer le côté artisanal. Depuis le début, pour la création du disque, on a fait tout à l’envers et ça nous a réussi. Donc on assume tel quel sur la scène.

Et de la suite ?
On est déjà entrain de plancher sur le prochain album. On essaye de voir d’autres horizons, notamment par une collaboration avec Fred Pallem, qui joue dans l’orchestre Le Sacre du Tympan. Voilà… Et puis que les gens viennent aux concerts (rires).



CHORUS Les cahiers de la chanson

CHORUS Les cahiers de la chanson

Daniel PANTCHENKO le 24 décembre 2008

Merlot


portrait

Sous le Baobab les racines

MERLOT Auteur et chanteur du groupe reggae Baobab jusqu'en 2005, Manu devient Merlot et retrouve sa fibre initiale ivryienne avec ses Chansons d'amour., et de haine au goût décapant de l'urgence humaniste

Sous le Baobab les racines

S'il voit le jour au milieu (des années 70 dans le populaire onzième arrondissement parisien, Manuel, le futur Merlot rejoint vite le Val-de-Marne, à Ivry, villephare d'Allain Leprest (« notre poète national ! », dit-il) -, où il vit aujourd'hui et à laquelle il reste très attaché. Mère enseignante, père cadre dans l'urbanisme, tous deux « militants socialement actifs », il baigne avec sa soeui cadette dans un milieu où l'on parle beaucoup, mais où l'écoute de la musique se résume à « trois ou quatre disques, des Quilapayun 1 aux Pink Floyd ». Une enfance « heureuse, simple, avec des voyages et, précise-t-il, très imprégnée d'une culture ouvrière et communiste que j'ai réellement découverte sur le tard. » Passionné par la lecture, il écrit dès l'âge de six ou sept ans un roman de trente pages, puis des chansons pour un groupe reggae avec des copains de lycée en seconde ; après le bac et quèlques semaines de fac, il bascule pour dc bon dans l'aventure en voix d'arbre.
Grâce à l'ouverture culturelle de ses parents, il fréquente en effet depuis l'adolescence des voisins musiciens dominicains connus (« un peu l'équivalent de Kassav' »\ des rastas qui le fascinent, « une autre manière de vivre dont je me sentais très proche dans les valeurs » et avec lesquels il monte en 1993 le groupe Baobab.
Avec eux, Manu va tourner pendant plus de dix ans en France et à l'étranger, enregistrer quatre albums : « Ce qui nous intéressait, c'était surtout de voyager ; du point de vue métier, on a perdu du temps à monter des projets en Afrique, en Palestine, aux Antilles... À 28 ans, j'en ai eu marre du groupe et je suis revenu à Ivry. »
En 2005, déprimé, il le quitte définitivement (Baobab continuant sans lui), s'ouvre à différents genres musicaux comme le rock ou la soûl et « redécouvre » les grands textes de la chanson française. Retrouvant ses copains du quartier, dont le guitariste Cedryck Santens, il mijote et enregistre à l'arrache (dans son couloir, une cave, l'atelier d'un pote peintre..) ce qui va devenir grâce à ses amis tourneurs de PBox (et leur label Boxson) son premier album personnel, Chansons d'amour... et de haine [cf. Chorus 65, p. 28]. Transformé aussi par la paternité de deux enfants (de huit et cinq ans aujourd'hui), il y témoigne d'un nouvel équilibre entre autodérision et humour caustique salutaires par les temps chansonnièrement corrects qui courent.

1 Groupe chilien en exil apres le coup d'Etat du general Pinochet le 11 septembre 1973